En bref : ce qui est sur la table, et ce qui ne l'est pas
Deutsche Telekom, Orange, Vodafone et Telefónica ont entamé des discussions préliminaires en vue d'une candidature groupée aux fréquences satellitaires de la bande 2 GHz, dont la Commission européenne veut réserver une partie à un opérateur contrôlé en Europe. L'information a été rapportée par Bloomberg les 7 et 8 septembre 2026. Vodafone, Orange et Telefónica se sont refusés à tout commentaire ; Deutsche Telekom n'a pas répondu.
Le but n'est pas de lancer un internet par antenne parabolique concurrent de Starlink, mais du « direct-to-device » : un satellite qui parle directement à un smartphone ordinaire, sans matériel supplémentaire, là où aucune antenne au sol ne capte. Aucune décision finale n'a été prise, ni sur le consortium, ni sur la candidature elle-même.
Pour un abonné belge, la conclusion honnête tient en une ligne : rien ne changera avant la fin de la décennie. Les licences actuelles ne se libèrent qu'en mai 2027, la procédure de sélection européenne est attendue en 2028-2029, et l'attribution en 2029. D'ici là, le satellite qui arrivera le plus vite sur un GSM belge sera très probablement… celui d'un accord commercial avec Starlink.
Ce qui a été annoncé, et surtout ce qui ne l'a pas été
Il faut d'emblée poser le niveau de solidité de l'information, parce qu'il conditionne tout le reste. Il n'y a eu ni communiqué commun, ni protocole d'accord, ni dépôt de dossier. Il y a une fuite, relayée par une agence financière, faisant état de discussions à un stade précoce entre quatre directions générales.
| Élément | Ce que l'on sait |
|---|---|
| Qui | Deutsche Telekom (Allemagne), Orange (France), Vodafone (Royaume-Uni) et Telefónica (Espagne) |
| Quoi | Un consortium pour candidater ensemble aux fréquences satellitaires 2 GHz et exploiter un service satellite-vers-mobile |
| Stade | Discussions préliminaires. « Aucune décision finale n'a été prise » sur le consortium ni sur la candidature |
| Source | Bloomberg, 7-8 septembre 2026, sur la base de sources anonymes |
| Réactions officielles | Vodafone, Orange et Telefónica : pas de commentaire. Deutsche Telekom : pas de réponse |
| Ce qui n'existe pas | Aucun nom de société commune, aucun montant, aucun calendrier industriel, aucune constellation identifiée |
Plusieurs reprises de l'information parlent de « 2 gigahertz de fréquences ». C'est une erreur de lecture : il ne s'agit pas d'une quantité de spectre, mais du nom de la bande. La bande dite « 2 GHz » ne représente en tout et pour tout que 2 × 30 MHz, soit environ soixante-dix fois moins que ce que la formule laisse imaginer.
Le vrai objet de la bagarre : 2 × 30 MHz qui se libèrent en 2027
Ce que convoitent les quatre opérateurs, ce sont les fréquences 1980-2010 MHz et 2170-2200 MHz. Leur intérêt n'est pas leur largeur — elle est modeste — mais leur statut : c'est la seule ressource harmonisée à l'échelle de toute l'Union pour les services mobiles par satellite, et elle est basse, donc adaptée à un signal qui doit traverser plusieurs centaines de kilomètres pour atteindre une antenne de smartphone longue de quelques centimètres.
Ces fréquences ne sont pas libres : en 2009, l'Union les avait attribuées pour dix-huit ans à deux opérateurs, Inmarsat (aujourd'hui Viasat) et Solaris (aujourd'hui EchoStar). Leurs droits expirent en mai 2027, et le bilan de ces dix-huit années est le vrai déclencheur du dossier : la bande n'a jamais donné naissance au service paneuropéen qu'elle devait porter.
Le 27 mai 2026, la Commission a donc proposé de tout remettre à plat, avec une procédure de sélection unique à l'échelle européenne — et non plus vingt-sept autorisations nationales — et un découpage en trois tiers :
| Part | Destination | Qui peut la prendre |
|---|---|---|
| Un tiers | Usages gouvernementaux : sécurité, défense, communications critiques, en lien avec la constellation IRIS² | Un opérateur européen, exclusivement |
| Un tiers | Commercial, réservé à de nouveaux entrants sous contrôle européen | C'est cette part-là que viserait le consortium |
| Un tiers | Commercial, ouvert | Acteurs européens et non européens, avec des plafonds par opérateur |
Deux clauses méritent d'être retenues, parce qu'elles expliquent la précipitation. D'abord, les droits attribués seraient incessibles : impossible de les revendre, et tout changement de contrôle d'une société titulaire imposerait une nouvelle autorisation. Ensuite, Viasat et EchoStar pourraient demander une prolongation de deux ans de leurs licences au-delà de mai 2027, sans pouvoir ni les louer, ni en étendre la portée.
Selon les analyses juridiques publiées après la proposition, l'adoption du texte est attendue fin 2027 ou en 2028, la procédure de sélection en 2028-2029, et l'attribution effective des nouveaux droits en 2029. Il faudra ensuite construire et lancer les satellites.
Autrement dit : l'annonce de cette semaine porte sur un service qui, s'il voit le jour, arrivera au tournant des années 2030. Toute présentation de cette alliance comme une réponse immédiate à Starlink est un raccourci.
Le « direct-to-device » : ce que ça fait vraiment aujourd'hui
Le mot est nouveau, la promesse est simple : votre téléphone actuel, sans coque spéciale ni antenne, bascule tout seul sur un satellite quand il perd le réseau au sol. Il n'y a rien à activer, rien à brancher, et c'est précisément ce qui distingue cette technologie de l'internet par satellite à domicile façon Starlink, qui suppose, lui, une antenne posée sur un toit.
Là où il faut être précis, c'est sur le service réellement rendu. Le direct-to-device se déploie par paliers, et les premiers paliers sont maigres :
- Le SMS d'abord. C'est le premier étage partout, parce qu'un message texte tient dans un débit minuscule. En Ukraine, Kyivstar a démarré ainsi ;
- La voix et les données ensuite, avec plusieurs mois ou plusieurs années d'écart : aux États-Unis, le service satellite de T-Mobile a ouvert en juillet 2025 avec les messages, et n'a ajouté les données qu'en octobre suivant ;
- Un débit partagé par une cellule immense. Un satellite couvre des centaines de kilomètres carrés : la capacité se divise entre tous les utilisateurs de la zone, ce qui exclut durablement le streaming ou la visioconférence ;
- Une compatibilité limitée aux téléphones récents : une soixantaine de modèles seulement à ce stade, essentiellement des Samsung, Motorola et iPhone récents ;
- Une vue dégagée sur le ciel obligatoire. En intérieur, en cave, en tunnel ou en forêt dense, le lien ne s'établit pas — ce qui écarte une bonne partie des zones où l'on se plaint d'un mauvais réseau mobile en Belgique.
Ce n'est donc pas un réseau de substitution, mais un filet de sécurité. Sa valeur se mesure en messages envoyés depuis un endroit où l'on n'aurait rien pu envoyer du tout, pas en mégabits par seconde. La 6G, elle, prévoit d'intégrer nativement cette couche satellitaire — mais pas avant la fin de la décennie non plus.
Le point que peu d'articles relèvent : trois des quatre travaillent déjà avec Starlink
C'est ce qui rend le dossier intéressant, et fragile. Présenter ce quatuor comme un front uni contre SpaceX, c'est oublier que chacun a déjà signé, ailleurs en Europe, avec l'adversaire désigné ou avec un partenaire américain.
Deutsche Telekom a signé avec Starlink en mars 2026
Au Mobile World Congress de Barcelone, le 2 mars 2026, le premier opérateur européen a annoncé un partenariat avec Starlink pour un service satellite-vers-mobile appuyé sur la constellation de deuxième génération, dans une dizaine de pays européens, avec un lancement visé en 2028. C'est-à-dire avant la date à laquelle les fréquences convoitées seront attribuées.
Vodafone et Orange sont liés au même partenaire américain
Vodafone détient avec l'américain AST SpaceMobile une coentreprise européenne à parts égales, basée au Luxembourg et dotée d'un centre d'opérations en Allemagne ; Orange travaille également avec AST SpaceMobile. Or une structure détenue à 50 % par une société américaine ne coche pas la case du « contrôle européen » exigée par la Commission : pour candidater à la part réservée, Vodafone devrait en modifier l'actionnariat.
Telefónica et Orange vendent déjà du Starlink, en Espagne et au Royaume-Uni
Virgin Media O2, détenu à parts égales par Telefónica et Liberty Global, a lancé le 27 février 2026 le premier service satellite-vers-mobile grand public d'Europe, avec Starlink, réservé aux abonnés équipés d'un Samsung Galaxy S25 ou plus récent. Quelques semaines plus tôt, le 3 février 2026, MasOrange — la filiale espagnole d'Orange — signait avec SpaceX pour le premier essai de direct-to-cell de l'Union européenne, en province de Valladolid.
Dernière ironie : Deutsche Telekom et Orange figurent déjà parmi les sous-traitants industriels de IRIS², la constellation souveraine européenne confiée en décembre 2024 au consortium SpaceRISE (SES, Eutelsat, Hispasat) — 290 satellites, 10,55 milliards d'euros, premiers services visés en 2030. Les quatre opérateurs ne partent donc pas d'une page blanche : ils partent d'un enchevêtrement d'alliances dont certaines se contredisent.
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L'angle belge : nos trois opérateurs sont dans trois camps différents
Aucun opérateur belge ne figure dans le quatuor, et pourtant la Belgique est concernée sur les trois fronts à la fois. C'est même l'un des rares marchés européens où les trois positions possibles face à ce dossier sont occupées, chacune par un acteur différent.
| Opérateur belge | Sa position dans ce dossier |
|---|---|
| Orange Belgium | Filiale du groupe Orange, l'un des quatre discutants. Si le consortium se concrétise, c'est par ce canal que la Belgique y sera représentée — sans que la filiale ait, à ce stade, la main sur quoi que ce soit |
| Proximus | Sa filiale de gros Proximus Global (BICS) a été désignée le 25 novembre 2025 fournisseur IPX privilégié de Starlink en Europe pour le direct-to-cell : l'opérateur public belge est un rouage de la plomberie de SpaceX |
| Telenet / BASE | Détenu par Liberty Global, groupe non européen — le même qui codétient Virgin Media O2, premier vendeur de Starlink direct-to-cell d'Europe. Structurellement en dehors du critère de « contrôle européen » |
La position de Proximus est la plus contre-intuitive, et elle mérite d'être comprise. Un réseau IPX est l'équivalent, pour les opérateurs, d'un aiguillage international : c'est par là que transitent le roaming, la signalisation et les données échangées entre réseaux. En confiant ce rôle à BICS, Starlink s'est branché sur une infrastructure belge pour raccorder ses satellites aux opérateurs européens — le premier client servi étant l'ukrainien Kyivstar.
Dit autrement : si le direct-to-cell de SpaceX se généralise en Europe, une partie du trafic passera par un opérateur bruxellois. Et si le consortium européen voit le jour, il aura besoin exactement du même type d'aiguillage.
Ce que ça change pour un abonné belge : peu, et pas tout de suite
C'est la partie que les communiqués de souveraineté oublient volontiers. La Belgique est l'un des pays où le direct-to-device a le moins à apporter au quotidien, pour une raison simple : le territoire est petit, plat et densément couvert.
- L'IBPT mesure une couverture 5G de la population supérieure à 99 % : les vraies zones sans aucun signal mobile relèvent de l'exception, pas de la règle ;
- Les manques belges sont surtout fixes, pas mobiles : en 2023, le régulateur recensait 64 810 ménages sans accès à 50 Mb/s et 140 043 sans accès à 100 Mb/s, principalement dans les provinces de Luxembourg, Liège, Namur et Hainaut ;
- Un satellite ne résout pas ces manques-là : le direct-to-device vise le téléphone en extérieur, pas la maison. Pour la maison, l'alternative satellitaire existe déjà et reste marginale — 11 650 clients Starlink en Belgique, soit environ 0,2 % du haut débit ;
- Les usages belges réellement concernés se comptent sur les doigts d'une main : randonnée en Ardenne, mer du Nord et navigation de plaisance, chantiers et sites isolés, et surtout continuité des communications en cas de panne majeure du réseau terrestre ;
- Enfin, un service satellitaire n'arrivera pas gratuitement dans votre abonnement : les premiers déploiements européens sont soit des essais, soit des options réservées à certains modèles de téléphones et à certaines formules.
Aucune décision d'abonnement ne doit être prise en fonction de cette annonce. Un contrat mobile belge se juge sur son prix, son enveloppe de données et ses conditions de sortie — pas sur une promesse spatiale à cinq ans. Et rappelez-vous que la loi belge vous laisse partir sans indemnité à partir du 7e mois de contrat : quand le satellite arrivera vraiment, vous serez de toute façon libre de changer.
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Vos questions sur l'alliance satellitaire européenne
Deutsche Telekom, Orange, Vodafone et Telefónica, soit quatre des plus grands groupes mobiles européens. Leurs discussions, rapportées par Bloomberg les 7 et 8 septembre 2026, portent sur une candidature commune aux fréquences satellitaires 2 GHz que la Commission européenne veut réserver à un acteur sous contrôle européen. Aucune décision finale n'a été prise, et trois des quatre groupes se sont refusés à tout commentaire.
Non, aucun opérateur belge n'est cité. Orange Belgium est toutefois une filiale du groupe Orange, l'un des quatre discutants. Proximus se trouve dans une position inverse : sa filiale de gros Proximus Global (BICS) a été désignée en novembre 2025 fournisseur IPX privilégié de Starlink en Europe. Telenet et BASE, enfin, appartiennent à Liberty Global, un groupe non européen.
Ce sont les fréquences 1980-2010 MHz et 2170-2200 MHz, soit 2 × 30 MHz au total, harmonisées dans toute l'Union européenne pour les services mobiles par satellite. Elles avaient été attribuées en 2009 à Inmarsat (aujourd'hui Viasat) et Solaris (aujourd'hui EchoStar) pour dix-huit ans. Ces droits expirent en mai 2027, ce qui ouvre la porte à une réattribution.
Pas avant le tournant des années 2030. Selon les analyses publiées après la proposition du 27 mai 2026, l'adoption du règlement est attendue fin 2027 ou en 2028, la procédure de sélection en 2028-2029 et l'attribution des droits en 2029. Il faudra ensuite financer, construire et lancer une constellation. La Commission prévoit d'ailleurs une prolongation possible de deux ans des licences actuelles de Viasat et EchoStar.
Pas au sens où on l'imagine. Le direct-to-device commence partout par le SMS, ajoute la voix et les données bien plus tard, exige une vue dégagée sur le ciel et ne fonctionne, pour l'instant, que sur une soixantaine de modèles de téléphones récents. Le débit se partage en outre entre tous les utilisateurs d'une zone très large. C'est un filet de sécurité en extérieur, pas un réseau mobile de remplacement.
Non. En Europe, le service est lancé en Ukraine avec Kyivstar, au Royaume-Uni depuis le 27 février 2026 avec Virgin Media O2, et en essai en Espagne avec MasOrange depuis février 2026. Aucun opérateur belge n'a annoncé de service équivalent à ce jour. En revanche, l'internet fixe par satellite de Starlink, lui, est bien disponible en Belgique.
Pour réduire sa dépendance à des constellations non européennes sur des communications considérées comme critiques. Le tiers gouvernemental de la bande est explicitement destiné à la sécurité, à la défense et aux communications critiques, en lien avec IRIS², la constellation souveraine confiée en décembre 2024 au consortium SpaceRISE. La Commission propose aussi de rendre ces droits incessibles, pour éviter qu'ils ne changent de mains après coup.
Si, et c'est la principale contradiction du dossier. Le 2 mars 2026, au Mobile World Congress, Deutsche Telekom a annoncé un partenariat avec Starlink pour un service satellite-vers-mobile dans une dizaine de pays européens, avec un lancement visé en 2028. Vodafone et Orange sont par ailleurs liés à l'américain AST SpaceMobile, et Telefónica vend déjà du Starlink au Royaume-Uni via Virgin Media O2.
Rien ne permet de l'affirmer, et aucun montant n'a été rendu public : le consortium n'existe pas encore juridiquement. Ce qui est certain, c'est qu'un service satellitaire arrivera sous forme d'option payante ou de formule spécifique, pas comme un ajout gratuit à un abonnement existant. À l'échelle de votre budget, l'écart entre deux abonnements belges comparables pèse aujourd'hui bien plus lourd.
Non. L'horizon de ce projet est 2029-2030, et le droit belge vous permet de résilier sans indemnité à partir du 7e mois de contrat : vous ne vous enfermez donc dans rien en changeant aujourd'hui. Avant le 7e mois, l'indemnité reste plafonnée aux mensualités restant à courir jusqu'à la fin du 6e mois.
Nos sources
L'existence des discussions provient de l'information de Bloomberg des 7 et 8 septembre 2026, reprise notamment par L'Echo, RTÉ et la presse spécialisée. Le cadre réglementaire a été vérifié auprès de la proposition de la Commission européenne du 27 mai 2026 et de ses analyses juridiques ; les partenariats concurrents auprès des communiqués officiels des opérateurs concernés.
- L'Echo, 8 septembre 2026 — l'alliance satellitaire européenne à l'étude ;
- RTÉ, 8 septembre 2026 — les quatre opérateurs en discussions préliminaires ;
- Light Reading — le détail du découpage de la bande et les conflits d'alliances ;
- Commission européenne — proposition d'autorisation européenne des services mobiles par satellite (27 mai 2026) ;
- Greenberg Traurig — analyse du régime proposé et du calendrier 2027-2029 ;
- Deutsche Telekom — l'accord satellite-vers-mobile avec Starlink (2 mars 2026) ;
- Proximus Global — partenariat IPX avec Starlink (25 novembre 2025) ;
- IBPT — bilan des réseaux mobiles belges.
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